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Je les appelle "Loop" faute de terme plus approprié ou plus seyant, pour l'instant. Une appellation trompeuse qui plus est car certains d'entre eux ne sont pas des boucles mais des lignes. De quoi je parle? Des accélérateurs de particules. Pourquoi je vous en parle? À cause du jeu de rôle suédois Tales from the Loop.

Si vous ne connaissez pas encore, je vous cite le Grog: "Tales from the Loop prend pour cadre une version uchronique des années 1980. Après la guerre, les savants russes ont fait des avancées en physique pour obtenir ce qu'on a appelé l'effet Magnétrine. En parallèle d'autres avancées permettent la construction à Boulder (Colorado) du premier accélérateur de particules et au Japon, des industriels mettent au point une machine auto-équilibrée (self-balancing) qui sert de base au développement de robots. Dans les années 1970, un second accélérateur de particules, nettement plus grand que celui de Boulder, est construit sur l'île de Munsö, en Suède où il sera rapidement surnommé le Loop. Ces diverses évolutions ne sont pas sans conséquences et entre les transports Gauss pour le fret, les robots et les résultats de diverses expériences, ces années 80 sont assez différentes de celles de notre Terre.

C'est dans ce cadre que vont évoluer les personnages du jeu. Ceux-ci, dans la lignée des Goonies ou des héros de la série Stranger Things, sont des Gamins (Kids) de 10 à 15 ans. Ils seront confrontés, sans pouvoir compter sur les adultes qui les entourent — qui de toutes façons ne croient jamais à ce que racontent les Gamins —, à divers mystères à résoudre. Le jeu a été développé à partir d'un recueil d'illustrations fantastiques portant le même titre, réalisé par un artiste suédois nommé Simon Stålenhag. Le cadre par défaut se situe en Suède, en accord avec les illustrations d'origine, mais un cadre alternatif situé aux USA est proposé à destination du public de ce pays."

Du Fantastique (presque) contemporain donc, où on joue des gosses dans des années 80 uchroniques, dans la veine d'un certain nombre de films (ou séries pour Stranger Things) US ayant pour cadre cette période. Je me suis offert toute la gamme en français: le livre de base, l'écran, La France des Années 80 et Nos Amies les Machines. Et je ne regrette pas. Tales from the Loop fait partie de ces JdR où je serais presque tenté de faire des infidélités à Rifts, c'est dire si je trouve le jeu bon. En attendant de masteriser une hypothétique partie de ce jeu, je vais d'abord me livrer à l'une de mes activités préférées: piquer des idées pour Rifts et Falling Sky (mon jeu de rôle amateur à moi, un hack mutant de Rifts en mode OSR).

En dépit du postulat technologique de Tales from the Loop, contre toute attente, je vais vous parler de magie aujourd'hui. Mieux: je vais vous parler de géographie mystique. Aussi je ne saurais trop vous conseiller de lire ce post avant d'aller plus loin. Ça y est? On est bon? Continuons alors.

Dans le supplément de Tales from the Loop consacré à la France des années 80, le Loop "français" (franco-suisse en réalité) est situé à l'emplacement du CERN, près de Genève. On y trouve le plus grand accélérateur de particules — on y vient enfin! — au monde. Les structures circulaires des Loops suédois et américain du livre de base sont, elles aussi, des accélérateurs de particules mais, contrairement au Loop franco-suisse, elles n'existent pas dans le monde réel: il n'y a pas d'accélérateurs de particules près de Stockholm et à Boulder City, Nevada. En tout cas, je n'en ai trouvé aucune trace sur Google ou Wikipedia. 

Voilà mon idée: sur la Terre du Verseau (le cadre de jeu de Falling Sky mais ça marche aussi pour Rifts), les anciens accélérateurs de particules sont des Nexus (ou des Nodes), des lieux où la magie est puissante.

On associe souvent la magie aux endroits marqués par une forte religiosité: temples, sanctuaires, lieux sacrés, nécropoles... En conséquence, les lieux dits "magiques" portent plus souvent la marque du passé que celle de l'avenir. Je ne souhaite pas remettre en cause le lien entre ces places et la magie, réelle, de Falling Sky. Sur la Terre du Verseau, Nazca, Stonehenge, Carnac, Gizeh, Jérusalem, Varanasi ou le Mont Fuji — pour ne citer que les plus connus — sont de puissants Nexus qui peuvent relier jusqu'à douze lignes ley. Et la géographie magique de la Terre du Verseau sera, plus ou moins, calquée sur la géographie sacrée de notre monde, Nodes et Nexus étant situés aux endroits associés au surnaturel au sens large.

Dans l'univers de Falling Sky, cette association entre "magie" et "passé" n'est pas l'alpha et l'oméga de la géographie mystique que j'imagine pour la Terre du Verseau. J'en veux pour preuve les Esprits toxiques, des entités surnaturelles maléfiques, pompées sans le moindre scrupule sur ceux de Loup-Garou: l'Apocalypse et de Shadowrun. Dans d'anciens posts (ici et ici), j'associais les Esprits toxiques aux zones les plus (mortellement) polluées de la Terre du Verseau. Un siècle après l'Apocalypse, certains coins sont encore empoisonnés par les radiations, les énergies fossiles ou les produits chimiques. Dans ce cas précis, nous avons un élément moderne — la pollution et le destruction de l'environnement — associé à un élément fantastique — des Esprits maléfiques —.

Et si on élargissait le concept? Et si on imaginait que, dans Falling Sky et Rifts, la magie puisse naître de lieux profondément marqués par l'industrie, la science, la technologie... Par la modernité et le Futur?

Sur cette idée, les accélérateurs de particules — les plus grands d'entre eux, du moins — prennent une toute autre envergure. Sur la Terre du Verseau, ce sont de puissants Nexus ou Nodes (les premiers relient des lignes ley, les seconds non). La magie y est puissante. Puissante mais sous d'autres formes que celles prises en des lieux plus "anciens". Je vous donne deux exemples: Stonehenge et le CERN de Genève.

À Stonehenge, des Portes s'ouvrent sur des Dimensions anciennes: Avalon, Lyonesse, Tir na nOg... Les divinités et les créatures des mythes celtes marchent librement autour des pierres levées. Les fées dansent sur les herbes hautes. Les druides exécutent leurs rituels les plus puissants. Les bardes composent leurs hymnes les plus inspirés... Tout le lieu est baigné par la magie d'un autre âge, une magie qui a les traits d'un passé mythique.

À l'emplacement du CERN de Genève, la magie prend un tout autre visage. Les Portes s'ouvrent sur des univers futuristes où les machines règnent en maîtres. Les appareils technologiques les plus évolués s'éveillent et acquièrent une conscience. Des arcs électriques surgissent de nulle part. Des anomalies quantiques — je ne sais pas ce que c'est mais ça sonne bien — transforment la réalité et modifient les possibles.Tout le lieu est baigné par la magie d'une nouvelle ère, une magie qui a les traits d'un Futur hyper-technologique.

J'ai un peu caricaturé mais vous avez compris l'idée. Les Nexus/Nodes ne se limitent pas aux anciens lieux sacrés et la magie qui s'y manifeste peut prendre de nombreuses formes. Laisse parler ton imagination ô MJ! Ou, fais comme moi, et pille sans vergogne les autres jeux de rôle et œuvres de genre qui t'inspirent.

À partir de ce postulat que, sur la Terre du Verseau, certains lieux marqués par les activités humaines "modernes" aient pu devenir des Nexus/Nodes et/ou soient simplement fréquentées par des créatures magiques et/ou surnaturelles (comme les Esprits toxiques pour les lieux hyper-pollués), on peut développer toutes sortes d'environnements de jeu pour les aventures de nos PJ: usines, laboratoires, centrales énergétiques, centres de données, zones expérimentales, silos nucléaires... Des environnements de jeu qui vont cultiver leurs différences selon les activités humaines qui leur ont donné naissance. Par exemple, la Centrale thermique de Bełchatów et la Silicon Valley sont toutes deux susceptibles d'héberger un (ou plusieurs pour la Valley) Nexus/Nodes. Mais ces Nexus/Nodes vont ouvrir des Portes sur des Dimensions différentes, vont attirer des créatures magiques et surnaturelles différentes, vont engendrer des magies différentes, provoquer des phénomènes différents, des mutations différentes... Et des scénarios de JdR différents.

Mais revenons aux grands accélérateurs de particules. 

Étant peu féru de physique-chimie, tout ce que je peux bien vous raconter sur les incidences "magiques" d'un accélérateur de particules relève plus des romans de gare de S-F que de la Hard Science. Vous voilà prévenus.

Comme leur nom l'indique, les accélérateurs de particules accélèrent — et révèlent — les particules: protons, anti-protons, électrons, ions, ions lourds, positrons, quarks, bosons de Higgs... Ces particules sont la matière dont est composée l'univers. "En conséquence", les Nexus/Nodes situés sur les anciens accélérateurs de particules, les Loops donc, auront plutôt tendance à modifier la structure même de leur environnement. L'espace et le temps connaissent des altérations plus ou moins prononcées. Des phénomènes physiques se produisent sans raison apparente. La toile de la réalité échappe à l'enchaînement logique des choses; et l'impossible devient possible. Matière, temps et espace sont les trois domaines majeurs où la magie des Loops va s'exercer. Du moins, c'est ce qui me paraît logique dans une perspective totalement imaginaire (cette phrase ne veut rien dire...).

J'aurais bien aimé associer aux Loops la thématique des machines qui s'éveillent, un thème très présent dans Tales from the Loop. On s'éloigne de la trinité Matière-Temps-Espace mais à peine. Par "éveil des machines", je pense surtout aux robots. Dans une perspective asimovienne, le couple imaginaire robots-positrons fait des Loops un endroit adapté pour donner une conscience, et des envies de liberté, aux robots.

Une autre idée, comme ça: les Loops sont plus ou moins conscients (et si c'était tous les Nexus/Nodes qui avaient accès à la conscience?). En plus de la magie qui baigne le lieu, l'accélérateur de particules est encore fonctionnel, maintenu en état par une armée de machines éveillées. L'accélérateur est le corps vivant du Nexus/Node et l'âme de l'entité magique qui règne sur la place. Ou l'inverse.

La transformation des accélérateurs de particules en Nexus/Nodes éclaire d'un jour nouveau la géographie de la Terre du Verseau. Les accélérateurs les plus petits seront de simples Nodes, ayant la puissance magique d'une seule ligne ley, tandis que les plus grands d'entre eux constituent de gigantesques Nexus. Le Loop du CERN est un Nexus majeur avec ses douze lignes ley. La liste des grands accélérateurs contemporains nous fournit les emplacements des Loops les plus puissants de la Terre du Verseau: Genève, bien évidemment, mais aussi le Fermilab près de Chicago, Stanford (USA), Hambourg, Grenoble, Tsukuba (Japon), Moscou, Pékin, Caen, Daejeon (Corée du sud), Brookhaven (USA), Strasbourg... La France est particulièrement bien pourvue en accélérateurs, ce qui donne de nouvelles couleurs à la France de la Terre du Verseau.

Dans mon idée, les Nexus "modernes" vont se relier aux autres Nexus modernes via les lignes ley tandis que les Nexus "anciens" vont se relier aux autres Nexus anciens de la même façon. Ce qui fait que la Terre du Verseau voit se superposer deux toiles mystiques différentes: la moderne et l'ancienne. Et que se passe-t-il là où les lignes ley modernes croisent les lignes ley anciennes? Et bien leurs pouvoirs se mélangent, se transforment, et créent un nouveau Nexus où Passé et Futur vont se mêler et créer de nouvelles Portes, de nouvelles entités, de nouvelles magies... Et de nouveaux scénarios de JdR.

Toutes les illustrations sont de Simon Stålenhag.

 

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