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Soldate québécoise en permission. Illustration de Sean Tay.

Qu'est-il arrivé au Québec dans le Méga-univers de RIFTS? Comment le Grand Cataclysme a-t-il transformé le Québec contemporain en un revival de la Nouvelle-France d'Ancien Régime? Des questions, de prime abord, sans le moindre intérêt, hormis pour moi-même, mais les réponses peuvent apporter quelque chose à mon background québécois. Alors reprenons.

En dépit de ses origines, de son passé colonial, du catholicisme et de la langue française, le Québec contemporain est, par de nombreux aspects, très anglo-saxon. Plus de deux siècles et demi comme colonie britannique puis comme province canadienne, sans même parler du voisinage du géant américain, n'y sont pas étrangers... Et un Européen francophone qui échange avec un Canadien francophone se rend rapidement compte que son interlocuteur a beaucoup plus en commun avec la culture anglo-saxonne qu'avec la culture européenne "continentale".

Mon Québec de RIFTS a totalement renié cette part anglo-saxonne pré-cataclysmique et se veut l'héritier de la seule France d'Ancien Régime, et de la Nouvelle France, à l'époque de Louis XV. Pourquoi? Qu'est-ce qui s'est passé au Québec après le Grand Cataclysme qui a pu modifier si profondément la société québécoise? Comme souvent, je vous cite préalablement mes sources d'inspiration: le JdR Beyond the Supernatural et le roman La Servante écarlate de Margaret Atwood.

Beyond the Supernatural est un jeu de rôle contemporain fantastique où les joueurs interprètent des investigateurs de l'occulte qui luttent contre les créatures des Ténèbres. Un jeu de rôle au postulat fort semblable à ceux de Chill et L'Appel de Cthulhu: dans Beyond the Supernatural, les PJ sont dotés eux-mêmes de pouvoirs surnaturels, psioniques notamment, la plupart des O.C.C. -- c'est un jeu Palladium Books -- étant des P.C.C. (Psychic Character Classes, des classes de psis). Le background de Beyond the Supernatural, c'est la Terre des Rifts à notre époque, avant le Grand Cataclysme et l'éruption des lignes ley.

Conseil d’Administration de la Congrégation. À l'ordre du jour de la réunion: l'extermination de tous les mécréants. Bonne ambiance.

La Servante écarlate est un excellent roman d'anticipation où, dans un monde où la grande majorité des humains est devenue stérile, des ultras-religieux s'emparent du pouvoir aux États-Unis et créent une dictature impitoyable: la république de Gilead. Un état fasciste, organisé en castes rigides, où les hommes et les femmes, celles et ceux n'appartenant pas à l'élite dirigeante du nouvel état, se retrouvent réduits à des fonctions et n'ont plus le droit de nourrir la moindre aspiration personnelle.

La genèse du Québec de RIFTS va se trouver au croisement de ces deux sources d'inspiration.

Imaginons que, au XXIème siècle, le Québec voit la naissance et le développement d'une société secrète ultra-catholique vouée à l'extermination des créatures maléfiques qui rôdent dans les ombres: la Congrégation. Ses membres cherchent à maîtriser les secrets de la Théurgie (la magie divine des monothéistes dans mon RIFTS à moi) et à rentrer en contact avec les créatures angéliques (les esprits de lumière; Rifts Conversion Book One). La Congrégation a une face publique: l'Église du Nouveau Monde, une secte néo-catholique millénariste qui annonce la Fin des temps si le bon peuple du Québec ne revient pas à la Vraie Foi. La Vraie Foi étant, bien évidemment, le culte catholique tel qu'il est pratiqué par les membres de la secte. Oui, nos chasseurs de monstres de la Belle Province ne sont pas des enfants de chœur mais plutôt des crypto-nazis. En 2098, l'Église du Nouveau Monde compte plusieurs milliers de membres 

Cuirassier québécois. Illustration d'Aaron Riley.

Survient le Grand Cataclysme et la fin de l'Âge d'Or. Les membres de l'Église du Nouveau Monde s'y sont préparés et se sont retirés dans des zones "sûres": loin des côtes, des failles tectoniques, des lignes ley, des Nexus... Et très près de l'usine québécoise d'Alma qui fabrique les Chromium Guardians pour les forces armées nord-américaines (Rifts Chaos Earth). 

Le 24 décembre 2098 à minuit, les membres de l'Église du Nouveau Monde attaquent la manufacture. C'est l'opération "Jour du Seigneur". L'usine est très mal défendue. L'Amérique du nord est plongée dans le chaos depuis trois jours et la plupart des militaires qui gardaient la place ont abandonné leur poste pour rejoindre leurs proches ou tenter de sauver leur peau. Parmi les rares soldats et civils encore présents dans l'usine, un certain nombre fait déjà partie de l'Église du Nouveau Monde. Le complexe industriel tombe en quelques minutes. L'Église du Nouveau Monde met la main sur plusieurs centaines de Glitter Boys en état de marche et vient de gagner son ticket pour survivre aux décennies à venir.

L'Église du Nouveau Monde fortifie la place et pose les bases de ce qui deviendra, deux siècles plus tard, Souverain, la mégacité capitale de l'État Libre du Québec. La Congrégation commence à enseigner la Théurgie aux prêtres de l'Église. Celle-ci s'empare en quelques années de la région de Saguenay-Lac-Saint-Jean. L'Église du Nouveau Monde devient le seul culte autorisé dans le nouvel état. Un nouvel état qui prend le nom de "Royaume" (pour "royaume de Dieu"). Une marionnette de la  Congrégation en prend les rênes et se fait appeler "régent". Les survivants doivent se convertir ou quitter la région. Les D-Bees sont chassés, dans le meilleur des cas.

Spadassin de Souverain. Illustration de hitoshi fujitake.

Le régent et ses fidèles vont pouvoir réaliser un fantasme totalitaire: créer une nouvelle société sans rencontrer la moindre opposition, ou si peu. Leurs rares opposants préfèrent quitter les lieux et aller s'installer dans les ruines de Montréal et Québec. Le modèle du premier régent, c'est la France d'Ancien Régime et la Nouvelle France. Il rêve d'une société aristocratique, et bien ordonnée, bâtie autour du culte catholique et de la (re)colonisation de l'Amérique du nord par des humains chrétiens et francophones. Et il a des arguments: une armée de Cuirassiers (= les Glitter Boys).

Mais ce n'est pas par la force que le Royaume étend ses frontières au fil des décennies. Les missionnaires de l'Église du Nouveau Monde, les compagnies marchandes et les colons du Royaume vont, plus que les militaires, largement contribuer à rassembler au sein du nouvel état les territoires de l'ancien Québec. Les unes après les autres, les communautés humaines du Québec rejoignent le Royaume. Pour cela, leurs habitants doivent revenir au culte catholique de leurs ancêtres et se doter d'un seigneur (car "Nulle terre sans seigneur"). Ce qu'elles font, en masse. Les seigneurs et maîtres de ces communautés qui rallient le Royaume sont adoubés chevaliers et rejoignent la classe nobiliaire. Des ducs sont nommés à la tête des anciennes régions et la fonction devient très rapidement héréditaire. Un clivage apparaît entre la "noblesse de robe" (les aristocrates de Souverain, descendants des premiers membres de l'Église du Nouveau Monde) et la "noblesse d'épée" (les nobles des Terres Sauvages, qui ont conquis leur fief avec leur blaster ionique).

Les bataillons de Cuirassiers permettent de tenir les esclavagistes splugorths (Rifts World Book 2: Atlantis) et les Indiens (Rifts World Book 15: Spirit West) à distance et assurent au Royaume une assise politique stable. Matériellement, les choses sont plus compliquées. Le Grand Cataclysme a anéanti l'économie mondiale en même temps que la plus grande partie de sa population. Le Royaume a excessivement peu de ressources et les rares matières premières qu'il arrive à se procurer sont affectées à la maintenance et à la production des Cuirassiers. Le tiers-état vit avec bien peu et il faudra attendre les premiers échanges avec la Coalition pour que la situation s'améliore. Pendant près de deux siècles, les Québécois vont bouffer des haricots et du castor dans des masures en bois avec la lecture de la Bible et la messe dominicale comme uniques divertissements.

"Madame", la femme du Régent. Illustration de Yan Gisuka.

Entre la naissance de la Coalition, en 2287 (1 PA), et l'adhésion de l'État Libre du Québec, en 2337 (51 PA), la nation francophone se transforme en profondeur. Le niveau de vie du tiers-état augmente notablement, grâce à la renaissance du commerce en Amérique du nord et à l'exploitation agricole de nouvelles terres dans la vallée du Saint-Laurent.

L'emprise de l'état sur les petites communautés rurales se renforce, au détriment de la petite noblesse. Ce qui pousse des aristocrates à aller fonder de nouvelles colonies un peu plus loin, en Ontario notamment. La ville de Souverain devient une mégacité avec l'édification de la pyramide-forteresse. Les anciens bâtiments en bois sont rasés pour laisser place à des arcologies MDC.

Le développement économique et la transformation de la société permettent aux laïcs de limiter les pouvoirs du clergé. Les religieux sont peu à peu évincés du Conseil d'en-haut au profit des ducs et duchesses. Changement majeur: le Royaume devient l'État Libre du Québec le jour où il rejoint la Coalition. La constitution de l'état -- il y en a une -- est modifiée à cette occasion et on assiste à un début de démocratisation avec l'élection de représentants du tiers état aux différents parlements provinciaux (il n'y a pas d'assemblée à l'échelon national). Mais les mentalités évoluent fort peu. La société de l'ÉLQ est extrêmement conservatrice. 99% des citoyens sont catholiques, croyants et pratiquants.

La théologie et l'organisation de l'Église du Nouveau Monde sont fort semblable à celles de l'Église de Nova Roma mais les deux Églises demeurent deux institutions distinctes et une réunification n'est pas à l'ordre du jour. Les Québécois sont fort attachés à leur indépendance et ne veulent pas voir les ordres de moines-soldats et l'Inquisition, affiliés à Nova roma, se mêler de leurs affaires. Pourquoi? Essentiellement, parce que templiers et inquisiteurs appartiennent à d'autres imaginaires que ceux que je sollicite pour le Québec de mon RIFTS à moi. L'Église du nouveau Monde dispose bien d'un tribunal pour les affaires religieuses mais ce sont les laïcs de la toute puissante Sûreté du Québec, la police de l'état, qui pourchassent les hérétiques, les sorcières et les mécréants.

Corsaire louisianais. Illustration de choi keun hoon.

En dépit d'un léger vernis démocratique et de tolérances accrues dans certains milieux, les libertés fondamentales n'ont guère leur place dans l'État Libre. Les libertés d'expression, d'opinion, de réunion et autres n'existent pas, ou si peu. La Sûreté veille pour que tout le monde soit conforme à la vision de la Congrégation et de l'Église du Nouveau Monde.

Celles et ceux qui étouffent dans cette société par trop rigide s'exilent. Mais il existe aussi des possibilités de vivre dans une société plus libre tout en demeurant dans la société québécoise. Ces possibilités sont au nombre de quatre.

Premièrement: l'âme libre peut aller s'installer dans les Terres Sauvages du Québec, seul ou en famille. Dans les petites communautés, il n'y a ni prêtre ni agent de la Sûreté et l'on peut s'exprimer plus tranquillement.

Deuxièmement: l'âme libre peut aller s'installer dans une colonie en terre étrangère: Ontario (surtout), Nouvelle-Angleterre, New York, vallée de l'Ohio, Manitoba, terres arctiques... Il y a même un timide début de colonisation dans les Antilles et en Louisiane (quelques centaines de colons). Dans les colonies, l'Église et la Sûreté du Québec sont moins présentes et, lorsqu'elles le sont, elles se montrent beaucoup plus tolérantes avec la "divergence".

Troisièmement: l'âme libre peut devenir corsaire. L'État Libre du Québec s'est lancé dans une guerre maritime avec Atlantis, une guerre non déclarée puisque ce sont des flibustiers qui la mènent. Le Québec dispose d'une petite marine redoutable mais pas de taille pour être engagée contre la superpuissance splugorth. En conséquence, l'État Libre a transformé ses marginaux et ses rebelles en pirates et les a lancés à l'assaut des navires atlantes, horunes et autres qui font la liaison entre Atlantis et le reste de la Terre des Rifts (Rifts World Book 7: Underseas). Depuis leurs bases de la Nouvelle-Orléans et de la Tortue, les corsaires québécois concentrent leurs attaques sur le trafic entre Splynn (Rifts World Book 21: Splynn Dimensional Market) et Cuba (Rifts World Book 35: Megaverse in Flames).

Dernière possibilité: l'âme libre peut s'installer dans les duchés de Montréal ou de Québec, des zones interlopes où le contrôle social et politique se fait moins strict, voire disparaît totalement.

Éclaireurs iroquois à la frontière méridionale de l'ÉLQ. Illustration de Patrick Prugne.

Tous ces éléments sont adaptables avec ce qui est dit dans Rifts World Book 22: Free Quebec. Ce dernier supplément est tellement léger en background que l'on peut aisément refaire des pans entiers de la déco sans contredire le background officiel. Je ne me suis pas étendu tant que ça sur l'organisation de la société québécoise. Et je n'ai rien dit des objectifs de la Congrégation en 100 PA. Un MJ intéressé par cette vision "XVIIIème siècle" du Québec de RIFTS refera la cuisine à sa sauce personnelle.

Sur le fond, tous les films, feuilletons, livres que vous aimez concernant cette période peuvent constituer des sources d'inspiration. Souverain, la mégacité capitale, c'est Paris version S-F et MDC (et ses quartiers nobles sont Versailles): malandrins, cour des miracles, duels à l'épée ou au pistolet, réparties assassines, poudre, perruques et mouches... Les fiefs ruraux et forestiers c'est le Nouveau Monde à (re)découvrir: trappeurs, hivernages, Indiens, étendues sauvages, sorcières... Tandis que les îles et côtes corsaires convoquent un imaginaire bien connu: abordages, îles au trésor, combats navals, tavernes bruyantes... Le tout façon S-F.

Sur la forme, mon Québec de RIFTS me permet de refourguer toutes les illustrations que je peux dégoter avec bicornes, tricornes, brocarts, jabots, robes flottantes, ombrelles, corsets et autres escarpins. Des illustrations que j'aime beaucoup parce que le XVIIIème c'est un univers graphique imaginaire que j'apprécie tout particulièrement, aussi bien pour la Nouvelle-France que pour l'ancienne.

En dépit des discours officiels, le Québec de 2386 n'est pas celui de 1758. Les femmes, notamment, jouissent au sein de l'État Libre de libertés que leurs aïeules n'avaient point. Illustration d'Okmer.

 

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